Le collectif « Pour une France en forme »

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Sédentarité , inactivité physique, surpoids et obésité progressent tandis que l’espérance de vie de nos enfants régresse: il s’agit d’un problème majeur de santé publique. Un collectif d’experts du sport santé demande que la promotion de pratique de l’activité physique devienne une Grande Cause Nationale.

Créé fin 2017, en marge des 8èmes Rencontres de Biarritz, le collectif « Pour une France en forme » est composé de seize experts indépendants issus du monde du sport, de la santé et des médias qui se mobilisent pour faire de la promotion de la pratique de l’activité physique une priorité à l’échelle nationale.

La tribune

Pour une France en Forme

 

Grâce à la Coupe du monde de football, le sport est entré dans tous les foyers français. Mais qui sait que, dans ces foyers, les enfants ont perdu en 40 ans un quart de leurs capacités cardio-respiratoires selon la Fédération Française de Cardiologie ? Là où un collégien mettait 3 minutes pour courir 600 mètres, il lui faut désormais 1 minute de plus ! Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des générations d’adolescents subissent une régression physiologique.

Ce constat a une cause, la sédentarité. Quasiment un Français sur deux est en situation d’obésité (17% de la population) ou de surpoids (31%). Une épidémie qui tue : selon l’OMS, l’inactivité physique est responsable de 9% des décès en France.

Nous sommes tous concernés. Nous ne bougeons plus, ou si peu, et sommes devenus « accros » aux écrans. Le temps passé en position assise ou dans des activités sédentaires est d’environ 7h par jour en France chez les adultes les jours travaillés, et de 9h les jours non travaillés. La durée moyenne passée devant un écran est d’environ 4h15 par jour chez les adultes, et de 3h45 chez les jeunes.

Le remède est connu : l’activité physique. On ne parle pas ici de sport, encore moins de compétition, mais de la pratique régulière d’activités élémentaires comme la marche, la natation, la gymnastique, avec si nécessaire un encadrement approprié.

Ses effets sont prouvés scientifiquement : l’activité physique est un moyen efficace de prévention et de lutte contre les maladies cardio-vasculaires (dont l’hypertension artérielle), les maladies métaboliques (obésité, diabète de type 2) et les cancers. Elle permet une meilleure espérance de vie en bonne santé. Elle préserve l’autonomie, retarde la dépendance. Et, même avec une pratique de 10 à 15 mn par jour, les bienfaits s’en ressentent.

L’enjeu est aussi financier. En France, le coût de l’obésité est de 3Md€ par an ; pour le seul diabète, augmenter de 5% le nombre de ceux qui suivent les recommandations d’activité physique réduirait de 45 M€ les dépenses directes (médicaments, hospitalisation, etc.) et de 36 M€ les dépenses indirectes (absentéisme, baisse d’efficacité au travail, etc.).

Bien sûr, les responsables politiques et les acteurs de santé ont un rôle majeur. Mais c’est aussi à chacun de nous de modifier notre comportement. En trouvant, dans notre journée, l’occasion d’un minimum d’exercice : transports actifs (marche, vélo), escaliers, jardinage, etc.

La perspective des Jeux Olympiques peut créer le déclic collectif et individuel.

Les professionnels de santé doivent être formés à la prescription de l’activité physique comme de tout autre médicament. Et montrer l’exemple, en s’impliquant dans les programmes d’activité physique proposés à leurs patients. Le mouvement sportif doit encourager les clubs à l’accueil d’un large public de sédentaires en créant une licence sport santé et en formant les éducateurs sportifs.

Le bon exemple vient des territoires, qui peuvent se mobiliser davantage encore pour la création de réseaux sport santé associant acteurs du sport et de la santé pour accompagner les bénéficiaires du sport sur ordonnance.

Il revient aux collectivités publiques de rendre l’aménagement urbain plus favorable à l’activité physique, de faciliter les déplacements actifs, d’aménager des parcours santé et des voies protégées et de proposer au grand public des « rendez-vous de la forme » ludiques, accessibles à tous.

Le goût de l’effort doit être remis à l’honneur, grâce aux médias, à des champions et des leaders d’opinion démontrant que l’activité physique peut être un moment de plaisir et de convivialité, tout le contraire de travaux forcés. Des actions de communication ciblées doivent donner l’ampleur nécessaire à cet élan.

Des marqueurs de la vie quotidienne, simples et compréhensibles par tous, comme les tests de forme, doivent permettre à chacun de mesurer ses progrès.

Les entreprises doivent s’engager, d’abord parce que le bien-être de leurs collaborateurs fait partie de leur responsabilité sociétale (pourquoi ne pas reconnaître avec les partenaires sociaux le droit à une « pause santé bien-être » ?), ensuite en apportant leur soutien financier à des initiatives de sport santé.

A l’égard des jeunes, le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques a une responsabilité particulière : à quoi bon glorifier les médailles de quelques athlètes si dans le même temps la génération 2024 régresse physiquement ? Il peut par exemple les éduquer à une bonne hygiène de vie et d’alimentation à travers des programmes adaptés dans le primaire et le secondaire.

Si en 2024 les courbes de l’obésité et du surpoids pouvaient s’inverser dans notre pays, ce serait le plus bel héritage olympique. Le combat pour une France en Forme mérite d’être érigé au rang de Grande Cause nationale.